Corée du Sud : l’apiculteur en lutte pour préserver les abeilles

Park Young-jae observe depuis des décennies le déclin de ces insectes essentiels à l’équilibre des écosystèmes, sans pour autant renoncer à les protéger.

« Tant que je resterai en bonne santé, je continuerai l’apiculture jusqu’au jour de ma mort ». Park Young-jae a beau avoir désormais 65 ans, il n’a pas l’intention d’abandonner l’activité à laquelle il a consacré toute sa vie : l’apiculture migratoire.

Depuis près d’un demi-siècle, dans le comté de Sancheong, au sud de la Corée du Sud, il déplace ses ruches au rythme des floraisons saisonnières à travers le pays, récolte le miel et contribue ainsi à la pollinisation des cultures agricoles.

Cette activité aussi ancienne qu’essentielle, fait de lui bien plus qu’un producteur de miel, mais un maillon vital de l’écosystème agricole coréen. Mais depuis quelques années, le calendrier sur lequel il a bâti toute son activité s’est mis à dérailler. Le réchauffement climatique bouleverse les cycles de floraison, et Park en subit les conséquences chaque saison.

Une récolte de miel divisée par deux

« À cause du changement climatique, il est très difficile pour les apiculteurs de survivre. Avant, il y avait de grandes différences climatiques entre les régions du sud et du centre. C’était très favorable à la production de miel. Mais maintenant, à cause du réchauffement global, les fleurs semblent fleurir toutes en même temps, partout dans le pays », confie-t-il dans un entretien accordé à Reuters.

Conséquence : l’apiculteur a dû réduire de moitié ses déplacements de récolte, avec un impact direct sur sa production. Les conditions météorologiques ont également joué contre lui. Cette saison, vents violents et froid tardif ont endommagé les fleurs avant même leur pollinisation.

« Les rayons de cire devraient être complètement pleins, mais ces derniers temps, il faisait froid et les vents forts n’arrêtaient pas de souffler. Entre-temps, les fleurs ont été malmenées par le vent et se sont fanées. Beaucoup moins de miel a été produit », constate-t-il, évoquant une baisse d’environ 50% par rapport aux années précédentes.

Une menace pour l’ensemble de l’humanité

Son cas est loin d’être isolé. Selon le ministère sud-coréen de l’Agriculture, le nombre de ruches dédiées à l’apiculture migratoire a diminué de 14% entre 2014 et 2023. Une évolution préoccupante dans un pays où les abeilles jouent un rôle crucial dans la pollinisation des cultures alimentaires.

« La destruction de la population d’abeilles, qui constitue la substructure la plus fondamentale de l’écosystème, est à bien des égards l’une des plus grandes menaces pour l’humanité. Nous ne le ressentons peut-être pas encore maintenant, mais cela pourrait bien être le problème le plus grave de tous », alerte la professeure Yesung Wook, spécialiste en ingénierie des systèmes climatiques et énergétiques à l’université Ewha de Séoul, citée par Reuters.

De nombreuses cultures — fruits, légumes, oléagineux — dépendent directement de ce service rendu par les insectes pollinisateurs. Leur disparition progressive dépasse donc largement la seule question de la production de miel.


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