La mer monte, l’heure tourne

Une nouvelle enquête dresse un tableau alarmant de l’état de santé des mers et océans de la planète, alors que l’administration Trump démantèle les outils de surveillance océanique.

Le système océanique mondial subit un stress croissant, avec des signes d’accélération dans plusieurs de ses composantes vitales, selon l’édition 2026 du baromètre Starfish. Publié chaque 8 juin, à l’occasion de la Journée mondiale des océans, cet outil de diagnostic annuel, élaboré par 29 chercheurs de 14 pays, évalue cinq grandes dimensions.

Celles‑ci couvrent l’état général de l’océan, les pressions humaines qu’il endure, les impacts sur les sociétés, les efforts de protection engagés et les opportunités qu’il offre encore à l’humanité. Sur l’ensemble de ces axes, le constat est sans appel et particulièrement alarmant.

Le niveau moyen des mers continue de s’élever à un rythme accéléré. Les températures des eaux océaniques battent record sur record. Aux deux pôles, l’étendue de la banquise atteint des niveaux historiquement bas.

Le nombre d’espèces marines menacées progresse inexorablement. Surtout, 84% des récifs coralliens de la planète sont désormais soumis à un stress thermique sévère, dans le cadre du quatrième épisode majeur de blanchissement jamais observé.

Un pilier climatique dont la résistance s’érode

L’enjeu est d’autant plus considérable que les océans — qui recouvrent 70% de la surface du globe — absorbent 90% de l’excès de chaleur généré par l’activité humaine depuis le début de l’ère industrielle, et captent chaque année environ un quart des émissions mondiales de dioxyde de carbone.

Autrement dit, sans cette formidable capacité tampon, le réchauffement climatique aurait déjà atteint des niveaux bien plus catastrophiques. Mais cette absorption massive de CO₂ provoque une acidification progressive des eaux.

En modifiant le pH de la mer, ce processus chimique fragilise directement les organismes marins dotés de coquilles ou de squelettes calcaires — coraux, mollusques, crustacés — dont dépendent des pans entiers des écosystèmes marins, ainsi que la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Protéger les océans ne relève donc pas seulement de la biodiversité ou de la sensibilité écologique : c’est défendre les conditions mêmes de la vie sur Terre.

Le sabotage américain

Le tableau est si sombre que les rares signaux positifs relevés par le baromètre — meilleure protection de certaines espèces comme les requins et les raies, création de nouvelles aires marines protégées, dont trois annoncées récemment par la France — paraissent largement insuffisants.

Même dans le scénario le plus optimiste — celui où les émissions de gaz à effet de serre seraient brutalement interrompues demain matin —, les océans continueraient de se réchauffer pendant des siècles, voire des millénaires, rappelle l’océanographe Jean‑Baptiste Salé, l’un des auteurs du prochain rapport du GIEC, cité par France 24.

À ce défi scientifique s’ajoute désormais un enjeu politique d’une autre nature, mais tout aussi préoccupant. Début juin, l’administration Trump a ordonné le démantèlement de dizaines de capteurs et d’instruments de mesure déployés dans les océans Atlantique et Pacifique.

Par cette décision, Washington prive la communauté scientifique internationale de données irremplaçables, telles que la mesure des courants, de la température de l’eau, de sa salinité ou encore de son pH.


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