Le coup de poker vert de TotalEnergies

Le groupe français vient de conclure une opération à plusieurs milliards d’euros qui lui permet à la fois de mettre la main sur un vaste portefeuille de projets éoliens et solaires en Europe, et de continuer à financer sa propre expansion sans alourdir sa dette.

TotalEnergies et Shell ont annoncé, lundi 3 août, le rachat par le géant français à son concurrent britannique de l’ensemble de ses activités d’énergie renouvelable terrestre en Europe.

L’opération, dont le montant n’a pas été dévoilé, porte sur 500 MW de parcs solaires et éoliens déjà en service ou en construction, principalement situés en Italie et aux Pays-Bas. Elle inclut également un vaste portefeuille de projets en développement, soit 3,5 GW répartis entre solaire, éolien et stockage par batterie au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie.

À travers ce deal, TotalEnergies met la main sur des baux fonciers déjà sécurisés, des études environnementales validées et des points de raccordement au réseau déjà réservés : autant d’étapes que Shell a mis des années à obtenir.

Un accès prioritaire au réseau

La stratégie est d’autant plus rodée qu’en Europe, la construction d’un parc éolien n’est plus le principal frein au développement des renouvelables. Le véritable goulot d’étranglement se situe en amont, dans les procédures.

Les autorisations administratives s’étalent sur plusieurs années, la compétition pour le foncier est intense, tout comme la course aux points de connexion au réseau électrique, une ressource devenue rare et très disputée.

D’après les estimations reprises dans la presse économique, cette opération permettrait à la major française de gagner cinq à sept ans de démarches administratives et de se placer d’emblée en position de tête.

De quoi porter sa capacité de production électrique renouvelable en Europe à près de 10 gigawatts, et la hisser au rang d’acteur capable d’influencer les prix, notamment sur des marchés en pleine électrification industrielle comme l’Italie et le Royaume-Uni, où la demande d’électricité verte explose.

Quand TotalEnergies vend d’une main ce qu’elle achète de l’autre

Mais comment TotalEnergies finance-t-elle ce rachat sans s’endetter massivement ? La réponse tient dans une seconde transaction, conclue quasiment au même moment, qui semble de prime abord en décalage avec sa stratégie de croissance.

En parallèle de l’acquisition des actifs de Shell, l’entreprise a en effet annoncé la cession de 50% d’un autre portefeuille d’actifs renouvelables déjà en exploitation, situés en Allemagne, en Espagne, en France et en Pologne, pour une capacité de 1,2 gigawatt.

L’acheteur n’est autre que le fonds d’investissement américain KKR, qui débourse 1,8 milliard d’euros pour cette moitié de portefeuille. Derrière cette opération se dessine une logique financière que l’on pourrait qualifier de « recyclage d’actifs ».

D’une part, le groupe évite d’immobiliser durablement des capitaux dans des installations arrivées à maturité, dont le rendement est relativement faible et prévisible. D’autre part, et surtout, il récupère immédiatement des liquidités — près de 2 milliards d’euros — qu’il peut réinjecter dans le rachat du pipeline de projets de Shell, beaucoup plus rémunérateur en tant que développeur.

Ce mécanisme lui permet de financer une large part de sa croissance dans les renouvelables, tout en continuant à opérer les actifs cédés grâce à sa participation résiduelle de 50%.


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