Les salariés et retraités des industries électriques et gazières (IEG) se sont mobilisés, mardi 15 septembre, pour défendre le maintien du « tarif agent », menacé par une réévaluation fiscale du gouvernement et encouragée par la Cour des comptes.
« Touche pas à mon tarif agent », « Tarif agent, un droit, pas un cadeau ». C’est avec ces slogans inscrits sur leurs chasubles vert fluo que des électriciens et gaziers se sont rassemblés, mardi 15 septembre, devant le ministère de l’Économie et des Finances, afin de défendre cet avantage.
Présenté par LCI comme un héritage de l’après-guerre, le dispositif permet notamment aux salariés et retraités d’EDF, Enedis, RTE, GRDF et Engie de payer leur électricité et leur gaz à un prix préférentiel.
Ainsi, là où un consommateur ordinaire paierait environ 0,20 euro par kilowattheure d’électricité, un salarié d’EDF ou d’une entreprise de la filière débourserait près de 0,006 euro par kilowattheure.
La facture des bénéficiaires représenterait ainsi 2,2% du prix moyen de l’électricité. Pour le gaz, elle ne pèserait que 1,8% du tarif moyen.
Un privilège menacé par la Cour des comptes
Au total, une facture d’électricité couvrant trois mois s’élèverait à environ 4 euros pour un bénéficiaire, d’après LCI. Une autre, portant sur six mois, atteindrait 8,40 euros. Cela correspondrait à une dépense d’environ un euro par mois pour l’électricité.
Grâce à ce mécanisme, les bénéficiaires sont largement protégés contre la hausse des prix de l’énergie, dans un contexte où le coût de l’électricité et du gaz a progressé de 33% sur un an. Une augmentation qui représenterait environ 120 euros supplémentaires, en moyenne, pour chaque Français.
Au total, près de 300 000 personnes profiteraient de cet avantage. De quoi alourdir la facture d’EDF, qui aurait supporté en 2024 un surcoût de 733 millions d’euros lié au dispositif, selon un rapport de la Cour des comptes publié en juillet dernier.
L’ardoise aurait même dépassé un milliard d’euros en 2023, au plus fort de la crise énergétique. « Le maintien d’un tel avantage tarifaire non plafonné est incompréhensible et contradictoire », tranchent les magistrats de la rue Cambon.
Un ultimatum fixé au 2 octobre
D’où la volonté du gouvernement d’en revoir la fiscalité à la hausse. L’objectif serait de relever la base imposable de cet avantage en nature. La Cour des comptes estime en effet que l’État perdrait environ 150 millions d’euros par an en cotisations sociales, ainsi que 80 millions d’euros au titre de la CSG et de l’impôt.
Le manque à gagner fiscal et social atteindrait donc près de 230 millions d’euros par an. « Notre objectif est précisément de préserver le tarif agent tout en mettant sa valorisation sociale et fiscale en conformité avec le droit, à la demande de la Cour des comptes », défend une source proche de la ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, sollicitée par Le Monde.
Sauf que les salariés ne l’entendent pas de cette oreille. Selon eux, le tarif agent constitue un élément de leur rémunération et relève de leur contrat de travail historique. Ils estiment que cela représente une contrepartie à la continuité du service public, assurée 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Certains affirment également que le mécanisme compense des rémunérations moins élevées.
« On a décidé d’exiger une rencontre avec le Premier ministre dans les plus brefs délais. On fixe la date butoir au 2 octobre », a déclaré le secrétaire fédéral de la FNME-CGT, Fabrice Coudour, après un échange sans avancée significative avec Maud Bregeon. Cette dernière n’aurait notamment « pas eu mandat pour se prononcer sur la levée de l’injonction de la Cour des comptes ».

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