Les polluants éternels dans le viseur de l’Europe

Un nouveau rapport scientifique confirme la nocivité des PFAS, présents dans une multitude de produits du quotidien, et appelle à leur interdiction, sauf dans certains cas spécifiques.

Les PFAS — substances per- et polyfluoroalkylées —, surnommées « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement, sont au cœur d’un rapport scientifique publié le 26 mars dernier par l’ECHA, l’Agence européenne des produits chimiques.

Pour les experts, ces milliers de composés atteignent, dans l’environnement, des niveaux de concentration jugés inacceptables, estimés à environ 4,4 millions de tonnes au cours des trente prochaines années.

Pour l’Union européenne, le coût de cette pollution est évalué entre 330 et 1 700 milliards d’euros, selon une étude commandée par la Commission européenne en janvier dernier. Cette estimation inclut à la fois les dépenses de dépollution et les coûts de santé liés aux pathologies susceptibles d’être provoquées par ces substances.

Cette large fourchette s’explique notamment par les incertitudes qui persistent quant à l’ampleur réelle de la contamination, en particulier dans les eaux européennes, dont certaines zones n’ont pas encore été cartographiées.

Une molécule présente dans 92 % des eaux françaises

La situation est en revanche mieux documentée en France, où elle suscite une vive inquiétude. En décembre dernier, l’ANSES — l’Agence nationale de sécurité sanitaire — révélait ainsi que le TFA, un composé issu de la dégradation des PFAS, avait été détecté dans 92% des échantillons analysés, aussi bien dans l’eau du robinet que dans les eaux de surface (mers, étangs, rivières).

Sur le plan sanitaire, les effets observés vont de l’augmentation du taux de cholestérol aux cancers, en passant par des troubles de la fertilité, des atteintes au développement du fœtus, ainsi que des impacts sur le foie et les reins.

Les PFAS sont également soupçonnés d’interférer avec le système endocrinien, la thyroïde et le système immunitaire. « L’avis final du RAC et les preuves scientifiques sont clairs : les PFAS peuvent présenter des risques pour les personnes et l’environnement si elles ne sont pas correctement contrôlées », souligne Roberto Scazzola, président du Comité d’évaluation des risques (RAC).

Un calendrier européen qui s’étire jusqu’en 2027

L’ECHA recommande ainsi une restriction à l’échelle de l’Union européenne, assortie de dérogations ciblées, concernant la fabrication, la mise sur le marché et l’utilisation de ces composés.

La mise en place d’exceptions est d’autant plus essentielle, qu’une interdiction totale étant jugée « probablement pas proportionnée » au regard de ses conséquences socio-économiques. Ces substances sont en effet omniprésentes dans les produits de consommation courante, en raison de leurs propriétés d’imperméabilité, de résistance à la chaleur et d’effet antiadhésif.

Des caractéristiques encore difficiles à remplacer, qui rendent leur abandon complexe à court terme. La France a toutefois pris une longueur d’avance en interdisant, depuis janvier 2025, leur utilisation dans les cosmétiques — notamment les rouges à lèvres —, les farts pour skis et certains vêtements.

À l’échelle européenne, le processus reste plus lent. La proposition législative n’est pas attendue avant 2027, après la publication d’un second volet du rapport, prévue fin 2026, consacré aux impacts économiques et sociaux d’une éventuelle interdiction.


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