BP sous pression climatique

Les investisseurs ont infligé une série de défaites cinglantes à la direction du géant pétrolier britannique lors de son assemblée générale annuelle, rejetant deux motions controversées concernant le climat.

Réunie jeudi 23 avril à Londres pour son assemblée générale annuelle (AGM), BP a essuyé une véritable fronde de ses actionnaires, dans ce que plusieurs observateurs décrivent comme l’un des scrutins les plus tendus de l’histoire récente du groupe.

La décision controversée du conseil d’administration d’écarter de l’ordre du jour une résolution déposée par Follow This, collectif d’investisseurs activistes spécialisé dans la pression climatique sur les majors pétrolières et soutenu par plusieurs grands fonds de pension, n’a rien arrangé.

Le texte demandait au géant britannique de préciser sa stratégie en cas de baisse de la demande de pétrole et de gaz, afin de préserver la valeur pour les actionnaires, mais il a été jugé irrecevable au motif qu’il n’avait pas été soumis conformément aux règles.

« Il n’est absolument pas question de bloquer quoi que ce soit. Si vous ne soumettez pas une résolution conformément aux règles, nous sommes légalement tenus de ne pas l’accepter », a défendu le président Albert Manifold, cité par Reuters.

Le reporting climatique, ligne rouge des investisseurs

Ce choix, perçu comme une tentative de court‑circuiter le débat environnemental avant même qu’il ne commence, a cristallisé la colère d’une partie importante de l’actionnariat.

Le premier signal fort est venu d’un vote en apparence technique, mais politiquement chargé. BP avait soumis à ses actionnaires une motion visant à supprimer deux obligations historiques (2015 et 2019) de reporting sur ses engagements climatiques spécifiques, ces indicateurs qui contraignent le groupe à mesurer, publier et justifier ses progrès en matière de réduction d’émissions.

Pour le conseil d’administration, ces résolutions sont désormais « largement supplantées » par les cadres obligatoires (TCFD, CFDR) et leurs exigences spécifiques créent une redondance qui nuit à la clarté du reporting.

« Ces obligations obsolètes ne font partie d’aucun cadre de divulgation établi et n’ont pas été adoptées ailleurs dans notre secteur », a fait valoir Albert Manifold.

La résolution ACCR, un tournant pour l’industrie pétrolière

D’après lui, l’objectif est de permettre à l’équipe de direction de se concentrer sur les exigences réglementaires standardisées plutôt que sur des dispositions obsolètes. Mais la direction s’est heurtée à un mur. La motion n’a recueilli qu’environ 47% de soutien, loin des 75% requis pour être adoptée. La même dynamique de résistance s’est exprimée sur une deuxième proposition, visant à autoriser la tenue d’AGM entièrement virtuelles.

Derrière l’argument de la logistique et de l’ouverture à un actionnariat dispersé, de nombreux investisseurs y ont vu une tentative de réduire l’espace d’expression des activistes, privés de la tribune physique qui leur permet d’interpeller publiquement la direction et de créer ces moments de vérité redoutés par les grandes entreprises.

Last but not least, un peu plus d’un quart des actionnaires ont soutenu une résolution portée par l’ONG australienne ACCR (Australasian Centre for Corporate Responsibility), demandant à BP de justifier plus clairement sa stratégie d’allocation de capital dans ses projets pétroliers et gaziers.

Un niveau de soutien inédit pour ce type de texte au sein du groupe, qui oblige désormais la direction à engager un dialogue formel avec les investisseurs et à produire un rapport spécifique sur le sujet.


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