La flambée des prix du carburant provoquée par le conflit au Moyen-Orient pousse le pays à opérer un virage énergétique accéléré vers le photovoltaïque.
Selon une enquête menée par New Energy Nexus auprès de 20 entreprises solaires locales, les installations hebdomadaires ont bondi de 70% aux Philippines, tandis que les demandes de clients ont été multipliées par six depuis le début de la guerre en Iran.
Le conflit déclenché le 28 février fait payer un lourd tribut à l’archipel, désormais placé en état d’urgence énergétique nationale. Fortement dépendant du pétrole brut du Moyen‑Orient et du gaz naturel liquéfié, le pays figure parmi les économies d’Asie du Sud‑Est les plus touchées par la fermeture du détroit d’Ormuz, comme le souligne Associated Press (AP).
D’après l’ONG climatique 350.org, citée par l’agence de presse américaine, la flambée des prix du pétrole et du gaz a déjà renchéri la facture énergétique d’environ 600 millions de dollars pour les ménages, les entreprises et les institutions philippines au cours des seuls deux premiers mois du conflit.
Du choix climatique à la nécessité stratégique
« Lorsque nous avons reçu notre facture d’énergie après le déclenchement de la guerre en Iran, nous avons été très choqués. C’était énorme. C’était une augmentation significative », témoigne Jaime Quemado, habitant de Manille, dans les colonnes d’AP.
Dans ce contexte, le solaire photovoltaïque en toiture s’impose comme une solution évidente pour de nombreux foyers, d’autant que le gouvernement appelle ouvertement au rationnement et à la sobriété dans l’usage de l’électricité. Pour beaucoup de ménages, l’attrait réside dans le contrôle accru sur leur approvisionnement. Produire sa propre énergie devient un levier d’indépendance face aux chocs géopolitiques.
Partout dans le pays, des équipes spécialisées installent en quelques jours des systèmes combinant plusieurs panneaux et des batteries de stockage. « Le solaire est certainement l’une des choses les plus faciles que les gens peuvent faire », estime Jan Rosenow, professeur de politique énergétique et climatique à l’Université d’Oxford, cité par Associated Press.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large à travers l’Asie – de l’Indonésie au Vietnam en passant par la Thaïlande –, où la dépendance aux combustibles fossiles heurte de plein fouet la vulnérabilité climatique.
Une industrie solaire qui prend son essor
Cette ruée vers le photovoltaïque fait les affaires de la Chine, dont les exportations de produits solaires ont atteint en mars un record de 68 gigawatts, soit l’équivalent de la capacité solaire totale de l’Espagne et le double du niveau de février, selon le think tank Ember.
Pour une industrie solaire philippine, encore balbutiante, la situation fait figure d’accélérateur. « La guerre a vraiment aidé l’industrie solaire à prendre son essor », confie à AP, Richmond Reyes, président d’EcoSolutions, qui a déjà installé à Manille un système de 18 kilowatts sur toiture comprenant 28 panneaux du géant chinois LONGi et quatre batteries du fabricant Dyness, basé à Suzhou.
Ce qui a commencé comme une réaction à l’urgence se transforme ainsi peu à peu en transition structurelle, où l’énergie solaire ne répond plus seulement à la réduction des émissions, mais devient un pilier de la résilience nationale face aux chocs pétroliers.

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