La major pétrolière anglo-néerlandaise voit ses ambitions de prospection pétrolière et gazière au large de la Wild Coast s’effondrer définitivement, après des années de lutte sur fond de préoccupations écologiques.
« L’ordonnance de la Cour suprême d’appel est annulée ». C’est par ces mots que le juge Jody Kollapen a jeté aux orties, vendredi 14 août 2026, les visées offshore de Shell et de son partenaire Impact Africa le long de la Wild Coast (ou Côte Sauvage).
Située dans la province du Cap-Oriental, cette région, berceau traditionnel du peuple xhosa (Gcaleka, Thembu, Mpondo, Bomvana), est réputée pour ses falaises escarpées, ses plages désertes, ses collines verdoyantes ainsi que ses cascades.
Autant d’atouts qui en font, selon un expert du voyage en Afrique du Sud cité par la plateforme South-Africa Experience, « l’un des rares endroits du pays où l’on peut encore se sentir vraiment hors des sentiers battus ».
Le projet désormais retoqué par la plus haute juridiction du pays concerne un permis obtenu en 2014. Il couvre une zone d’environ 45 838 km² s’étendant de la côte jusqu’à 4 000 mètres de profondeur.
Une bataille de longue haleine
Fort d’un investissement de 1,1 milliard de rands (68 millions de dollars), Shell prévoyait de réaliser un sondage sismique 3D, consistant à émettre, depuis des navires, de puissantes impulsions sonores afin de cartographier le sous-sol marin à la recherche de réserves d’hydrocarbures.
Mais c’était sans compter sur la détermination des communautés côtières et des pêcheurs artisanaux. Soutenues par des organisations comme Natural Justice, Greenpeace Africa, le Legal Resources Centre ou encore All Rise Attorneys for Climate and the Environment, elles ont dénoncé un projet bâclé, eu égard à ses lourdes implications environnementales.
Si la Haute Cour de Makhanda a annulé le permis en 2022, la Cour suprême d’appel (SCA) a suspendu cette décision deux ans plus tard, ouvrant la voie au dépôt d’une nouvelle demande de Shell. C’est ce répit que la Cour constitutionnelle a désormais fait voler en éclats.
L’exigence constitutionnelle de consultation publique
Les juges ont ainsi confirmé, par sept voix contre deux, que les graves manquements du processus initial — relevés dans l’arrêt de la Haute Cour —, notamment une consultation inadéquate des populations concernées et l’absence de prise en compte effective des impacts sur l’environnement, la culture, les moyens de subsistance et le climat, ne sauraient être simplement corrigés a posteriori, au travers d’une procédure de renouvellement.
Selon la Cour, dans le contexte des industries extractives, cet examen ne peut se réduire à un exercice formel de mise en balance traitant les questions culturelles, religieuses, spirituelles et écologiques comme de simples intérêts concurrents face au développement économique.
Et bien que la création d’emplois constitue un argument légitime, on ne peut, d’après le tribunal, la présumer intrinsèquement bénéfique sans se demander qui occupera ces postes, quelle sécurité ils offrent et quels coûts sociaux, environnementaux et culturels les communautés affectées sont censées supporter.

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