La branche africaine de Greenpeace alerte sur les risques environnementaux que dissimule le méga-projet de raffinerie porté par le milliardaire nigérian Aliko Dangote au Kenya.
Un pavé dans la mare. Alors que le monde industriel africain se réjouit de l’annonce du projet de raffinerie porté par Aliko Dangote dans la ville insulaire de Lamu, au nord du Kenya, Greenpeace Afrique alerte sur le prix à payer.
L’organisation de défense de l’environnement estime que ce projet, évalué à 17 milliards de dollars, fait peser une menace irréversible sur l’un des écosystèmes marins les plus sensibles et les plus riches en biodiversité de la région.
« La promesse de “milliers d’emplois” ne peut pas servir à masquer le véritable coût de cet investissement. Les grands projets liés aux énergies fossiles créent souvent des emplois temporaires tout en sapant les moyens de subsistance existants dans la pêche, le tourisme et les économies locales à petite échelle », écrit l’ONG, dans son communiqué publié le 14 juillet dernier.
Outre la destruction des mangroves, des récifs coralliens et des herbiers marins, elle pointe aussi les risques de marées noires, de pollution atmosphérique et d’une hausse des émissions de carbone liées à l’exploitation du site.
Pour une étude d’impact préalable
Greenpeace Africa appelle à la suspension pure et simple du projet, réclamant qu’aucune approbation ne soit accordée tant qu’une évaluation environnementale et sociale indépendante n’aura pas été réalisée.
« Cette raffinerie risque également de devenir un actif échoué à mesure que le monde se tourne vers des énergies plus propres. Elle pourrait aussi enfermer le Kenya dans des décennies de développement à forte intensité carbone, aggravant le changement climatique et ses impacts », estime l’organisation.
« Les capitaux considérables nécessaires à un projet de cette envergure pourraient plutôt servir à accélérer l’avenir des énergies renouvelables au Kenya, notamment le solaire, l’éolien, la géothermie, le stockage et un meilleur accès à l’énergie », poursuit-elle.
À ces préoccupations écologiques s’ajoutent des inquiétudes économiques formulées par des organisations comme Power Shift Africa, qui alertent sur le risque que la raffinerie ne devienne, à terme, un « actif échoué ».
Emplois contre moyens de subsistance
Dans un contexte de transition mondiale accélérée vers les énergies renouvelables et de développement rapide des transports électriques, un tel investissement massif dans les fossiles pourrait en effet se révéler contre-productif, enfermant le Kenya dans une dépendance aux hydrocarbures pendant plusieurs décennies, à rebours des évolutions énergétiques mondiales.
Pour le gouvernement kényan, en revanche, la raffinerie représenterait l’un des plus importants investissements industriels privés de l’histoire du pays. Lamu doit en effet sa sélection non pas à des réserves pétrolières locales, mais à sa position sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées au monde, avec un accès direct à l’océan Indien permettant d’acheminer le carburant raffiné vers l’Ouganda, le Soudan du Sud, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo.
Pour Dangote, ce site constitue un hub stratégique pour l’Afrique de l’Est, en complément de sa raffinerie de Lagos sur la façade atlantique du continent. Le président William Ruto inscrit le projet dans une stratégie économique plus large, misant sur la création d’emplois, le renforcement de la sécurité énergétique et l’attraction de nouveaux investissements, alors qu’environ 800 000 Kényans arrivent chaque année sur le marché du travail.

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