Anthropic s’engage pour l’élimination du carbone

La startup spécialisée en intelligence artificielle devient la première du secteur à rejoindre la Frontier Carbon Coalition, un regroupement industriel consacré au financement de solutions de captage et d’élimination du CO₂.

Frontier accueille depuis le mois dernier Anthropic comme nouveau membre. L’entreprise d’intelligence artificielle à l’origine du modèle de langage Claude s’est engagée à hauteur de 915 millions de dollars.

Lancée en 2022 par des acteurs majeurs de la tech tels que Stripe, Google, Shopify, Meta et McKinsey Sustainability, cette coalition agit comme un véritable organe de sélection et de validation des crédits d’élimination du carbone.

Sa mission ne consiste pas à financer des initiatives symboliques de reboisement, mais à assurer la viabilité économique et technique de projets industriels capables de retirer du CO₂ de l’atmosphère à grande échelle.

Parmi les pistes technologiques explorées figurent la capture directe de l’air (DAC), la bioénergie avec captage et stockage, la minéralisation, l’altération accélérée des roches, le captage océanique ou encore la biomasse.

Un engagement décisif

Depuis sa création, Frontier a signé des contrats totalisant près de 700 millions de dollars pour l’élimination de 1,8 million de tonnes de CO₂ à travers 53 projets. En 2025, sept entreprises du portefeuille ont lancé la construction d’une capacité annuelle de 1,4 million de tonnes, avec une livraison attendue de plus de 50 000 tonnes cette année.

L’arrivée d’Anthropic fait presque doubler les engagements totaux de la coalition, désormais estimés à 1,8 milliard de dollars. Une évolution notable, alors que l’entreprise défendait jusqu’ici une approche énergétique dite « all-of-the-above ».

Autrement dit, une stratégie n’excluant aucune source d’énergie, y compris fossile, afin d’assurer l’alimentation continue de ses centres de données. Cette orientation répond à une contrainte technique difficile à contourner.

En effet, l’entraînement des modèles d’IA de pointe requiert une électricité disponible en permanence, ce que des sources intermittentes comme l’éolien ou le solaire ne peuvent fournir seules.

Qui paiera la facture sur le long terme ?

Cet apport intervient alors que Frontier délaisse sa stratégie initiale, fondée sur une multitude de petits projets expérimentaux, au profit d’un nombre plus restreint d’initiatives d’envergure.

L’objectif est d’atteindre l’élimination d’un gigatonne de CO₂ — soit environ un milliard de tonnes métriques — chaque année, dans le cadre de contrats s’étendant sur huit à dix ans. Un changement d’échelle comparable au passage de quelques plantations isolées à la mise en place d’une véritable filière industrielle mondiale de gestion du carbone.

Pour y parvenir, la coalition mise notamment sur des installations de capture directe de l’air, de vastes infrastructures capables d’aspirer l’atmosphère, de fixer chimiquement le CO₂, puis de le stocker en sous-sol.

Mais la construction de ces installations suppose de garantir l’existence d’un marché stable et pérenne, seul susceptible de justifier de tels investissements sur le long terme. C’est précisément là que réside l’un des points les plus débattus de l’accord.

La Frontier Carbon Coalition exige en effet de chaque initiative financée qu’elle démontre une trajectoire crédible vers une prise en charge par des financements publics d’ici 2040. En d’autres termes, les capitaux privés mobilisés aujourd’hui par des entreprises comme Anthropic visent à amorcer le marché, sans vocation à le soutenir indéfiniment.


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