Kenya : les déchets plastiques en nanomatériaux de pointe

À l’Université de Nairobi, Dre Bridget Kanini Mutuma Mutemi développe une technologie destinée à convertir la pollution plastique en matériaux à valeur ajoutée.

« Comment puis-je utiliser ma science pour résoudre les problèmes environnementaux ? » Telle est la question qui guide au quotidien Bridget Kanini Mutuma Mutemi, scientifique kényane basée dans un laboratoire de l’Université de Nairobi.

Depuis quelques années, cette titulaire d’un doctorat en chimie et de plusieurs postdoctorats en nanotechnologie développe un projet écologique à fort d’ampleur : la transformation des déchets plastiques en nanomatériaux de carbone à faible coût.

« Au Kenya, comme à l’échelle mondiale, les déchets plastiques constituent un problème. Mon travail consiste donc à utiliser ces déchets plastiques pour fabriquer des nanomatériaux, qui sont ensuite utilisés pour traiter l’eau », explique la chercheuse interrogée par RFI, en marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi du 11 au 13 mai.

Dans le cadre de sa mission, la Dre Mutemi peut compter sur le soutien de ses pairs français, notamment à travers le CNRS, où elle a séjourné par le passé.

Un parcours académique marqué par la persévérance

« J’ai fait expédier des échantillons là-bas pour les étudier et aussi pouvoir apprendre auprès de la professeure Ania Conchi. J’ai réussi à rencontrer quelqu’un dont le domaine de recherche recoupe le mien », confie-t-elle à RFI.

Membre de l’Africa Academy of Science et de l’Africa Research Initiative for Scientific Excellence, Bridget Kanini Mutuma Mutemi est auréolée d’un parcours académique impressionnant, marqué par une licence en chimie analytique, un master en sciences des matériaux et ingénierie, un doctorat en chimie, complétés par plusieurs fellowships postdoctoraux.

Le chemin vers l’excellence scientifique n’a toutefois pas été sans obstacles, comme elle l’expliquait en 2024 dans un entretien accordé à la chaîne de l’Université de Nairobi. Elle s’était en effet initialement inscrite en chimie analytique avant de passer deux années à tenter de changer de filière, puis de finalement s’y engager pleinement.

Bâtir une expertise pour l’Afrique

Dans le cadre de son master en sciences des matériaux en Corée du Sud, elle a dû apprendre le coréen pendant une année entière, avec l’exigence d’obtenir plus de 80% à l’examen pour poursuivre sa formation.

« Nous n’avions qu’un seul professeur qui parlait anglais », précise-t-elle. Après ce diplôme, la recherche de financement pour son doctorat s’est apparentée à un véritable parcours du combattant, marqué par près de 600 candidatures envoyées en un an, avant d’obtenir une bourse pour l’Afrique du Sud.

Son retour au Kenya, après plusieurs années de formation à l’international, s’inscrit dans une volonté de contribuer au développement scientifique local. « Je veux avoir un impact sur la société, en particulier au Kenya, dans le domaine de la nanotechnologie », affirme-t-elle.

Son projet de valorisation des déchets plastiques pourrait générer des retombées économiques et environnementales significatives pour le Kenya et l’ensemble de l’Afrique de l’Est. De « la science des choses à très petite échelle » comme elle la décrit à RFI, mais aux effets potentiellement considérables.


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