La ville de São Paulo se mue en laboratoire grandeur nature pour l’expérimentation de nouveaux plants de caféiers capables de survivre aux ravageurs, à la sécheresse et à un avenir hydrique incertain.
Comment préserver le café, l’une des boissons les plus consommées au monde ? La question se pose avec une urgence croissante alors que le changement climatique s’intensifie.
Au Brésil, premier producteur mondial d’arabica et deuxième pour les cafés du groupe canephora — parmi lesquels le robusta et le conilon, très prisés dans la fabrication du café soluble et des mélanges commerciaux —, le sujet est particulièrement sensible.
C’est pour tenter d’y apporter une réponse qu’une expérience inédite est menée actuellement à São Paulo. Dans cette mégalopole, qui abrite la plus vaste plantation de café urbaine au monde au sein de son Institut biologique, environ 1 500 nouveaux plants ont été introduits début mars.
L’objectif : permettre aux chercheurs d’évaluer leur résistance face aux ravageurs, aux maladies fongiques et, surtout, aux conséquences aggravées du changement climatique.
Des ennemis anciens, des menaces nouvelles
L’enjeu est d’autant plus colossal que toute vulnérabilité de la filière brésilienne de café se répercute mécaniquement sur les marchés mondiaux, des prix à l’approvisionnement des torréfacteurs jusqu’aux tasses consommées chaque jour sur tous les continents.
Pour l’Institut biologique de São Paulo, fondé en 1927, cette démarche s’apparente à un retour aux sources. À l’origine, l’organisme avait pour mission de combattre le scolyte des grains (Hypothenemus hampei), un coléoptère minuscule, mais redoutable qui creuse les cerises de café pour s’attaquer aux grains qu’elles contiennent.
La chercheuse et ingénieure agronome Harumi Hojo, qui supervise ces essais, a confié à Reuters que l’institut a depuis élargi le champ de ses recherches pour y intégrer la qualité des sols, les variations climatiques et les pathologies telles que la rouille du café, un champignon particulièrement virulent capable de dévaster des exploitations entières en quelques semaines.
L’eau de pluie comme ultime recours
Les 1 500 plants récemment introduits dans le quartier où poussent déjà plus de 2 000 caféiers appartiennent à des variétés conçues pour leur double résistance : contre les nuisibles d’une part, et contre la rouille d’autre part.
D’autres lignées ont été sélectionnées pour leur tolérance à la sécheresse, un critère devenu essentiel alors que les épisodes de stress hydrique se multiplient dans les principales zones de production du pays.
Au-delà des maladies, c’est la question de l’eau qui préoccupe le plus Hojo et son équipe. Pour cause, le dérèglement climatique ne se résume pas à des hausses de température ou à des modifications des pluies ; il menace aussi les nappes phréatiques, indispensables à l’irrigation agricole brésilienne.
La scientifique plaide donc pour un basculement vers des systèmes d’irrigation fondés sur la récupération des eaux pluviales, afin de réduire la pression sur les réserves souterraines, désormais fragilisées.

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