Royaume-Uni : sortir du fossile pour sortir du chaos

La transition vers la neutralité carbone d’ici 2050 coûtera infiniment moins cher à l’État britannique qu’un nouveau choc pétrolier mondial, d’après une nouvelle évaluation.

Les conseillers climatiques officiels du Royaume-Uni ont rendu publique une analyse qui contraste avec le ton alarmiste de certains milieux politiques et industriels : parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050 reviendrait beaucoup moins cher au pays que de subir une seule crise énergétique comparable à celles engendrées ces dernières années par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Le rapport du Climate Change Committee (CCC), organisme public indépendant qui occupe une place clé dans la gouvernance climatique britannique, publié le 11 mars dernier, intervient alors que les inquiétudes grandissent à travers le monde face au risque d’une nouvelle crise énergétique liée aux tensions persistantes au Moyen-Orient.

L’offensive américano-israélienne contre l’Iran a conduit Téhéran à fermer le détroit d’Ormuz, provoquant un ralentissement significatif de la production pétrolière dans de nombreux pays. Dans ce contexte, le prix du baril s’envole à nouveau sur les marchés internationaux.

Confrontés à cette situation, les défenseurs du statu quo fossile avancent le chiffre colossal de 9 000 milliards de livres sterling comme coût total de la transition vers le zéro émission nette. Un montant que les experts du CCC jugent sans détour largement surestimé.

Une question de souveraineté autant que de rentabilité

Le coût réel de la transition est ainsi estimé à environ 100 milliards de livres sterling d’ici à 2050. Chaque livre investie à cette fin génèrerait entre deux et quatre livres de bénéfices économiques.

À cela s’ajoutent des économies estimées à près de 130 milliards de livres sur la même période, grâce à l’évitement des impacts du dérèglement climatique sur les infrastructures, la santé publique et la productivité nationale.

Selon Nigel Topping, président du CCC, se défaire de la dépendance aux combustibles fossiles étrangers n’est pas seulement une opération financièrement avantageuse, c’est avant tout un gage de stabilité nationale.

Un objectif politique sous pression

La transition vers les énergies renouvelables et les technologies vertes offre à la Grande-Bretagne une perspective de maîtrise énergétique : celle d’une économie capable de produire localement, de stabiliser ses coûts sur le long terme et d’échapper aux spirales inflationnistes importées.

Les experts avertissent que de nouveaux chocs pétroliers sont hautement probables dans le contexte géopolitique actuel. Ce qui renforce l’urgence d’une sortie progressive, mais résolue des énergies fossiles.

Malgré la solidité de ces arguments économiques, l’objectif de neutralité carbone reste la cible d’attaques politiques croissantes outre-Manche. Plusieurs partis, dont Reform UK de Nigel Farage et les Conservateurs, plaident désormais pour son abandon, invoquant la défense de la compétitivité industrielle et du pouvoir d’achat des ménages.


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