Au Japon, des mots comme arme contre l’extrême chaleur

Face à la multiplication des épisodes caniculaires dépassant les 40°C, l’archipel a officialisé un terme pour alerter sa population sur ces températures potentiellement mortelles.

Si vous êtes en déplacement au Japon lorsque les températures dépassent les 40°C, vous êtes alors en plein « Kokushobi ». Cette expression, que l’on peut traduire par « journée de chaleur extrême » ou « chaleur accablante », vient d’intégrer le lexique météorologique nippon.

Aussi surprenant que cela puisse sembler sous d’autres cieux, le pays du Soleil Levant possède une tradition solidement ancrée consistant à catégoriser les niveaux de chaleur. Depuis plusieurs décennies, la langue japonaise s’appuie ainsi sur un vocabulaire précis et hiérarchisé.

On parle ainsi de Natsubi lorsque les températures franchissent les 25°C, de Manatsubi au-delà de 30°C, et de Mōshobi pour désigner des journées particulièrement étouffantes à partir de 35°C. Désormais, le terme Kokushobi s’ajoute à cette classification dès que le thermomètre atteint ou dépasse les 40°C.

Cette décision de l’Agence météorologique japonaise (JMA) – une première depuis 2007 – est le fruit d’une accumulation de données alarmantes.

Un record franchi, une tendance qui se confirme

En effet depuis 2018, chaque été au Japon a connu au moins une journée dépassant les 40°C. L’an dernier a marqué un tournant notable, avec pas moins de neuf journées ayant atteint ou franchi ce seuil sur l’ensemble du territoire.

Le record national de température a, lui aussi, été revu à la hausse, culminant à 41,8°C dans la préfecture de Gunma, au nord-ouest de Tokyo. Conséquence : plus de 20 000 hospitalisations ont été recensées à chaque épisode, accompagnées de plusieurs centaines de décès, selon RFI.

Afin de nommer cette réalité saisissante, la JMA a soumis la question à une consultation publique, une démarche participative rare dans le domaine de la terminologie scientifique. Le résultat a été sans appel, avec plus de 200 000 réponses recueillies, et un plébiscite pour le terme Kokushobi.

Et si les mots pouvaient sauver des vies ?

L’enjeu derrière cette initiative dépasse la simple question terminologique. En nommant spécifiquement les journées à 40°C, les autorités japonaises cherchent à modifier les comportements de la population face à un danger souvent sous-estimé.

Les météorologues japonais misent ainsi sur le pouvoir du langage, là où les chiffres peinent parfois à susciter une réaction immédiate. L’idée est ainsi de provoquer une prise de conscience capable d’inciter à la prudence et, potentiellement, de réduire le nombre de victimes.

À mesure que le changement climatique s’intensifie, une telle stratégie – symbolique en apparence, mais potentiellement efficace – pourrait inspirer d’autres pays, y compris au-delà des vagues de chaleur. L’Inde, régulièrement confrontée à une pollution atmosphérique extrême, pourrait par exemple constituer un terrain d’application pertinent.


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