Le Parti Vert britannique a remporté une victoire historique lors de l’élection partielle de Gorton and Denton, dans la banlieue de Manchester, infligeant un camouflet sévère au gouvernement travailliste de Keir Starmer.
Personne, ou presque, ne les avait vus venir. Le Parti vert du Royaume-Uni ne comptait aucun élu local dans la circonscription de Gorton and Denton, ne disposait d’aucune véritable structure sur place, et n’avait jamais envisagé ce siège comme une priorité stratégique.
Pourtant, au soir de la partielle parlementaire du jeudi 26 février, c’est bien sa candidate, Hannah Spencer, qui a gravi la première marche du podium, devançant le Reform UK de Nigel Farage, et reléguant un Parti travailliste moribond à une humiliante troisième place dans l’un de ses anciens bastions du nord de l’Angleterre.
Un signal politique fort, à la fois pour les écologistes eux-mêmes et pour l’ensemble du paysage partisan britannique. C’est aussi le reflet d’une transformation profonde des Verts, désormais loin de l’image d’un parti cantonné aux militants climatiques et aux cyclistes des centres-villes.
Un repositionnement stratégique
Ces dernières années, la formation a considérablement élargi son logiciel politique pour embrasser des thématiques qui résonnent bien au-delà de son électorat traditionnel : redistribution des richesses, réforme fiscale, justice sociale, et prises de position tranchées sur les conflits internationaux, notamment la situation à Gaza.
Ce virage idéologique lui a permis de rallier un électorat populaire et urbain, historiquement acquis au Labour, mais de plus en plus désabusé par un gouvernement dirigé par Keir Starmer, jugé trop modéré, trop centriste, et trop soucieux de ménager les classes moyennes.
« Je ne peux pas accepter cette victoire sans dénoncer les politiciens et figures clivantes qui utilisent nos communautés comme boucs émissaires pour tous les maux de la société. Mes amis et voisins musulmans sont comme moi : humains », a salué Spencer, 34 ans, plombière de métier et membre du conseil local, citée par le New York Times.
La fin du mythe du vote inutile ?
À Gorton and Denton, les Verts ont su canaliser la colère d’un électorat jeune, diplômé, mais aussi ouvrier, en quête d’une alternative crédible à gauche.
La question palestinienne a joué un rôle déterminant dans cette dynamique, le Labour ayant peiné à adopter une position cohérente sur le sujet, au grand dam d’une partie de sa base militante issue des communautés musulmanes et progressistes.
Mais c’est sans doute la portée symbolique de cette victoire qui en fait tout le sel. Spencer elle-même l’avait confié avant le vote : l’un des principaux freins à une percée nationale des Verts restait la conviction, profondément ancrée, qu’un vote en leur faveur équivalait à une voix perdue.
Dans un système électoral britannique fondé sur le scrutin uninominal majoritaire à un tour — qui pénalise structurellement les formations minoritaires —, cette perception en avait longtemps dissuadé plus d’un d’exprimer son choix écologiste dans les urnes.

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